Biographie

Mon curriculum vitae commence avec ma naissance à Genève (Suisse) le 11 mars 1933 et avec les restrictions et la prise de conscience que la guerre et toute arme, couteau ou arc et flèches construits par jeu sont des choses dangereuses (que mon père, un gendarme, n’interdit pas mais déconseille vivement). Donc, avec les copains de quartier, je construis cabanes en vrai et routes et ponts en miniature pour nos quelques modèles réduits de bolides, au mieux en étain sinon en pives de pin et bouchons. L’enfance passée, l’Armistice célébré me voici aide moniteur, puis moniteur de colonies de vacances, et vers les 19 à 20 ans, aspirant guide de montagne avec des gaillards d’à peu près le même âge que moi. Seule différence : le poids de la responsabilité de celui qui dirige et la légère insouciance de la troupe. État vécu ensuite pendant quelques années comme sous-officier. Mais pendant ce temps militaire ; math sup et études en lettres, en psycho et aux Beaux arts avec les diplômes et licences ad hoc en 1956.

 

Dès cette date, désigné volontaire ( ?!) « Chargé de cours de géométrie et perspectives » à l’École des arts décoratifs de Genève. Titulaire d’un poste complet à l’École supérieures d’art visuel de Genève dès 69, où j’ouvre alors « l’Atelier de structuration », que je dirige jusqu’à ma retraite en 1998. Pendant ces 29 ans, de passionnants travaux ont été conduits sur, par exemple, l’origine probable de la géométrie, le style personnel, les projections physiques, mentales et psychiques et, bien sûr, la découverte de soi dans les travaux dits « libres » parce  que distanciés des règles établies. Un exemple ? Un cercle tracé sans compas ? Il n’en est pas un, académiquement parlant, mais il fonctionne comme un cercle construit avec plus de précision qui fait coïncider sa définition et son schéma. Par de semblables approches de l’individualité et un goût spontané pour le portrait je me suis tourné vers ce que j’appelle :

 

LA GÉOMÉTRIE INTÉRIEURE qui structure pensées, actions et rêves de chaque personne.

FAIRE UN PORTRAIT, C’EST ENTRER EN CONTACT AVEC UNE INTÉRIORITÉ et

FAIRE DES MILLIERS DE PORTRAITS, C’EST MENER UNE ENQUETE HUMANISTE.

 

Je fais des images, des objets, des rêves et des phrases et, de plus en plus, en dialoguant avec des collègues peintres ou écrivains (dont Michel Butor, depuis les années 80), je trouve des similitudes entre ce qu’il est convenu d’appeler l’expression graphique et l’aspect du visage. Deux exemples évidents : le rictus ou le sourire sont copiés par quelques traits dans les smileys. En élargissant cette traduction, un lexique des expressions utile aux designers peut être créé.

Il suffit de comprendre que mon travail sur la représentation du visage et du corps est utile, pour que je n’aie pas besoin de dire que j’ai exposé un peu partout et passé des dizaines d’années dans des écoles d’art, pas seulement à Genève et pas longtemps comme étudiant.  Retenir les subtiles mobilisations des muscles faciaux par des moyens graphiques dérisoires ne relève pas d’un apprentissage technique ou si peu, mais surtout de l’envie de jouer ou d’aimer. Il en résulte des œuvres scientifiquement invérifiables, dont la vérité de transcription de la réalité est ressentie et non mesurée, comme l’est la vie, une suite incroyable de miracles.

Avec traits et formes, armé de hasard, non de raison que j’évacue.

Je  travaille la terre de mes mains énormes pour que de la nue,                                                              Mallarmé ne trouve en mon œuvre une muse naufragée tue.

 

Luc Joly. Juin 2015                                                   Plus d’informations:  www.dubnermoderne.ch/joly et

Monographie “Luc Joly”. Benteli Verlag. Bern. Switzerland. Français et allemand par Flurin Spescha. 2009.

Que ce soit par dialogues simultanés de textes et d’images avec Michel Butor ou seul avec lui-même, Luc Joly crée des oeuvres d’émotions, de sensations et de caractères humains. « Pourquoi ma passion pour le portrait ? ». Pas d’autre raison, dit-il, que la présence de la vie dans ce miroir de l’âme et le miracle que cette vie se fixe dans l’œuvre, l’anime, puis se met à parler. Une géométrie de l’intériorité existe, innée et intemporelle.

Whether in a simultaneous dialogue of texts and images with Michel Butor or alone by his own, Luc Joly creates works of emotions, feelings and human characters.”Why do portraits fascinate me?” For no other reason, he says, than the presence of life in the mirror of the soul and the miracle where life appears, settling in the artwork, to animate it, operating an inner-geometry, which is innate and universal.